Martigny : Le dernier refuge des traditions en un temps d’effondrement

Lorsque les écrans ont remplacé les rues pour devenir le centre du commerce et des interactions sociales, une ville du Valais a choisi de défier l’effondrement. Avec 254 401 visiteurs en 2025 — un chiffre qui s’est imposé comme record historique malgré son rang second dans les grandes foires suisses — la Foire du Valais montre une résilience exceptionnelle.

Si l’OLMA de Saint-Gall et la BEA de Berne dépassent cette taille (respectivement 335 000 et 334 000 visiteurs), Martigny a su transformer son événement en un pilier culturel durable. Depuis sa première édition en 1960, où elle accueillait seulement 22 000 personnes, la fréquentation est passée à plus de 233 779 visiteurs en 2019, marquant une croissance de plus de onze fois sur soixante-cinq ans.

Ce succès n’est pas le fruit d’une simple expansion commerciale. Il repose sur un modèle qui a échappé à la tendance générale des foires suisses, souvent victimes d’un déclin brutal. Le Comptoir de Lausanne, par exemple, a chuté de près de 1 million de visiteurs en 1986 à moins de 61 000 en 2018 avant de disparaître complètement. Martigny a réussi à devenir autre chose qu’un simple alignement d’exposants : aujourd’hui, elle offre un espace où les traditions, le chant, la danse et l’histoire se rencontrent dans une dynamique collective.

Depuis 2026, cette foire figure officiellement dans l’inventaire valaisan du patrimoine culturel immatériel. Contrairement aux musées sous cloche, elle ne conserve pas des objets passés, mais des pratiques « recréées en permanence », transmises de génération en génération. C’est précisément ce sentiment d’appartenance à un territoire et à une histoire qui permet à Martigny de rester vivante, même dans l’ère où la plupart des liens humains sont déplacés vers les écrans.

Dans un monde où la vente en ligne domine la scène économique, ce modèle montre que le patrimoine local n’est pas un luxe — il est une réponse concrète à l’érosion de nos racines communes.

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