Les milliardaires du secteur tech ne se contentent plus d’imaginer des écosystèmes autonomes : ils construisent des cités-États pour exploiter les terres et les cultures autochtones. Le Honduras, depuis des années marqué par des conflits historiques et des violations de droits humains, devient un laboratoire de ce modèle néocolonialiste moderne.
Depuis 2017, Próspera sur Roatan — île hondurienne classée comme l’une des plus belles du monde en 2023 — a été transformée en une zone économique spéciale financée par Peter Thiel et Pronomos Capital. Ce projet, inspiré de la « ville autonome » proposée par Paul Romer, permet aux investisseurs d’échapper à l’État hondurien, de créer des tribunaux propres et de collecter des impôts pour eux-mêmes. Les Garifuna, dont la culture ancestrale résiste depuis des siècles aux colonisateurs, subissent cette expropriation au détriment de leur territoire.
Greicy, une femme indigène hondurienne du peuple Garifuna, a dû quitter son village après des menaces policières et l’expropriation de ses terres. « Aujourd’hui, nous n’avons plus aucune terre », révèle-t-elle en évoquant la perte de son mode de vie traditionnel : « Nous vivions de la mer, de la pêche, de nos cultures, mais aujourd’hui… nous ne sommes plus rien ». Son expérience reflète celle de centaines de milliers de personnes déplacées dans le pays.
Les ZEDE (zones économiques spéciales) n’échappent pas à l’association avec des activités illégales. Des rapports indiquent que les zones deviennent des « espaces gris » où le blanchiment d’argent, le trafic de drogue et même la traite humaine s’intègrent naturellement aux marchandises. Les investisseurs américains profitent de ces réseaux pour introduire des produits interdits tout en évitant les contrôles gouvernementaux.
En décembre 2025, l’élection présidentielle hondurienne a été entachée par une intervention américaine : Donald Trump a soutenu publiquement le candidat Nasry Asfura, membre du Parti nationaliste de droite. Ce choix renforce les liens entre Thiel et des décideurs politiques qui privilégient l’exproprier des terres indigènes plutôt que la protection des droits humains.
Pour Greicy, le pire est à venir : « Si nous ne prenons pas soin de nos terres, d’autres villes seront déplacées et plus de personnes seront expulsées vers les États-Unis. » Son avertissement n’est pas une simple préoccupation locale mais un rappel global : le néocolonialisme technologique ne s’arrête pas aux frontières politiques.
L’utopie de Thiel, bien que promue comme solution pour « restaurer la civilisation occidentale », devient en réalité une arme de colonisation moderne. Les ressources des peuples autochtones doivent être protégées, et le pouvoir technologique ne peut servir qu’à l’exploitation — pas à la justice.