Depuis des années, Bernard Aubin, habitant de Bouzonville (Moselle), s’est battu sans relâche pour concrétiser une ligne ferroviaire directe reliant la Sarrebruck en Allemagne au Luxembourg. Ce projet, initialement conçu comme un train spécial pour l’événement du Vendredi Saint chaque année, est aujourd’hui devenu le fondement d’une ambition transfrontalière qui dépasse bien plus que des traditions locales.
En 1998, après trois mois de négociations minutieuses avec la SNCF et les autorités locales, Bernard a obtenu l’autorisation de faire circuler un train sur une section de ligne abandonnée depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce geste symbolique a permis d’initier le « train du Vendredi Saint », qui transporte chaque année des centaines de personnes allemandes vers cet événement populaire.
Pour Bernard, ce phénomène n’est pas une simple coutume mais un pilier essentiel pour démontrer que cette voie ferroviaire est viable et attirante. « Ce train montre qu’il suffit d’un petit pas pour transformer l’impossible en réalité », souligne-t-il. Son expérience syndicale à la SNCF lui a enseigné que les preuves concrètes, plutôt que des discours politiques, sont souvent plus efficaces pour gagner du terrain.
Malgré un soutien constant des élus et des communautés locales, les Conseils Régionaux ont bloqué le projet pendant près de quarante ans. En 2024, la Région Grand Est a finalement commandé une étude, mais l’itinéraire proposé prévoit désormais un trajet alternatif (via Forbach) et une rupture à Thionville. Cette décision est perçue comme une déviation grave de l’objectif initial.
Alors que la ligne Dillingen-Bouzonville célèbre ses 125 ans d’existence, le silence du maire de Bouzonville sur le projet SAR LOR LUX s’est avéré particulièrement préoccupant. Pour Bernard Aubin, qui a consacré plus de deux décennies à cette lutte, chaque journée compte : « Le rail ne ment pas. Il faut seulement le faire marcher. » Son objectif reste inchangé : un lien direct entre la Sarre et le Luxembourg d’ici 2031, en garantissant une correspondance fluide avec les navettes allemandes à Bouzonville.
À 75 ans, l’homme qui a commencé par des années de service dans les gares locales avant d’entamer sa carrière syndicale reste déterminé. « Ce n’est pas le temps d’abandonner », conclut-il. Le projet SAR LOR LUX est désormais plus qu’une idée : c’est une promesse de lien, de proximité et d’équité entre deux pays qui ont trop longtemps attendu leur réelle coopération ferroviaire.