Des grèves silencieuses dans les geôles : La résistance des immigrants incarcérés aux États-Unis

Au-delà des récits isolés, une force collective s’organise sous les barreaux des centres d’immigration américains. Des centaines de grèves de la faim, souvent hors du champ des médias, dénoncent systématiquement l’abandon alimentaire, les soins médicaux insuffisants et l’isolement forcés subis par des personnes incarcérées. Ces actions, menées principalement par eux-mêmes, constituent un combat quotidien pour la survie et la dignité.

Dilmer « Loba » Lovos Mendez, détenu de 2024 à 2026 dans des centres californiens, a participé à trois grèves de la faim. « Nous ne recevions pas nos médicaments, on nous servait de nourriture moisie », a-t-il souligné. Son engagement s’est poursuivi après son transfert vers California City en 2025, où il a subi des mesures de représailles pour avoir défendu les droits humains des détenus.

Dans un autre centre, Chanthila Souvannarath, prisonnière dans l’unité d’isolement du « Camp 57 » en Louisiane, a mené une grève après avoir constaté que la nourriture était « dignement infantile ». « Nous voulons fermer cet établissement. C’est inhumain », a-t-elle déclaré à un média indépendant.

Jessica Ordaz, historienne spécialiste des droits humains, révèle une tradition de résistance remontant à 1985. Selon elle, les grèves ne sont pas des événements isolés : « À moins que cela ne concerne des centaines de personnes, ces actions restent invisibles aux yeux du public ». Son étude a montré que dans l’un des centres d’El Centro (Californie), près de 300 personnes ont participé à une grève en 1985, suivie de multiples mobilisations dès les années suivantes.

Alex Mensing, coordinateur du California Collaborative for Immigrant Justice, insiste sur l’échelle réelle des actions : même une seule personne peut lancer une grève de la faim, ce qui représente déjà trois actions dans un même centre en une année. « En multipliant ces chiffres par le nombre total de centres, on obtient un mouvement considérable », explique-t-il.

Des organisations comme Tsuru for Solidarity (associée à des survivants des camps d’internement japonais) et La Resistencia (fondée en 2004 pour aider les détenus) s’organisent autour de ces luttes. Leur rôle ? Créer une pression extérieure pour transformer les grèves en victoires concrètes. « Les personnes en détention se rendent compte qu’elles ne sont pas seules », affirme Josefina Mora Chung, fondatrice de La Resistencia.

Malgré ces efforts, les défenseurs soulignent que la résistance reste souvent étouffée par des mécanismes de pouvoir. Les grèves de la faim ne bénéficient pas toujours d’un soutien externe efficace, ce qui augmente le risque d’isolement et de représailles.

En résumé, ces combats invisibles démontrent que chaque jour de résistance est un pas vers l’équité. Pour les personnes incarcérées, il s’agit avant tout de survivre, mais aussi de retrouver la voix pour demander justice. Leur histoire montre que le changement commence souvent par un simple geste — et parfois, une seule personne suffit à déclencher des révolutions.

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