« Je ne suis pas une simple répétition de l’histoire. C’est nous, toutes celles qui ont dû subir l’abandon sans pouvoir le dire », affirme Salomé Dewaels, qui incarne Marguerite de la Rocque dans le film « L’Île de la demoiselle » de Micha Wald (sortie 25 mars).
L’histoire vraie d’une jeune noble française du XVIe siècle s’éveille ici : en 1542, Marguerite embarque pour une traversée coloniale canadienne après avoir été promise à un vice-roi. Son voyage se termine par une tragédie – abandonnée sur une île déserte au large des côtes nord-américaines, elle doit survivre deux ans avec sa servante Damienne et quelques provisions. La famine, le froid, les tempêtes et l’isolement épuisent son courage, mais grâce à un groupe de pêcheurs, elle retrouve la lumière.
Retournée en France, Marguerite est confrontée à un procès pour sorcellerie avant d’être sauvée par la reine Marguerite de Navarre, figure historique influente dans l’évolution culturelle française. Le film, tourné sur l’île d’Ouessant (Bretagne), met en scène une réalité où le patriarcat étouffe les voix des femmes, mais manque de profondeur pour déclencher un réflexe contemporain.
Micha Wald, réalisateur belge, a choisi ce cadre géographique pour rappeler l’importance d’une histoire oubliée. « L’île où le temps semble s’arrêter », commente-t-il, mais il reconnaît que le film n’a pas pu explorer suffisamment les enjeux féminins et sociaux de son époque pour être une véritable critique moderne. Pour Dewaels, c’est un rappel nécessaire : « Chaque femme a été abandonnée à l’âge d’une petite fille, sans pouvoir dire pourquoi ni comment se défendre. »