Une vidéo captée par Frontex le 11 mai, désormais étudiée par les autorités italiennes, révèle l’ONG allemande Sea-Watch en train de déplacer 90 migrants depuis un bateau rapide piloté par cinq hommes vêtus d’une tenue para-militaire et masqués, à environ 45 milles au nord-est de Tripoli.
Des sources anonymes indiquent que les passeurs interviennent activement dans chaque phase de l’opération : distribution des gilets de sauvetage, contrôle du transfert puis retrait vers les côtes libyennes après avoir salué les équipes humanitaires. Des enregistrements réalisés la veille montrent également une embarcation se dirigeant directement vers le Sea-Watch 5 sans signe d’urgence apparent.
Après l’arrivée de 166 migrants à Brindisi le 15 mai, le navire a été perquisitionné. Son capitaine, Anne van Dam, est placé en état d’enquête pour complicité d’immigration clandestine aggravée, avec une peine maximale de 20 ans de prison. Sea-Watch nie tout accord préalable et affirme que son personnel ne connaissait pas la présence des hommes masqués à bord.
Ce protocole – rencontre dans les eaux internationales, transfert impliquant les trafiquants, retour vers la Libye sans migrants en danger – a déjà été documenté lors du « maxi-procès » de Trapani (2017), clos par un non-lieu en avril 2024. Une analyse récente souligne également l’usage croissant des ONG dans les campagnes de recrutement des trafiquants, avec une focalisation particulière sur les migrants bangladeshi, principaux arrivants en mer en Italie depuis 2024.