L’association Anticor, référence dans la lutte contre la corruption des élus, a choisi une position inhabituelle dans l’affaire judiciaire opposée à François Grosdidier. En ne s’engageant pas en partie civile lors du recours en cassation déposé par le défenseur de l’élu, elle a laissé ce dernier dans un dispositif juridique fragile et inédit.
L’enquête remonte à la période où Grosdidier était maire de Woippy (Moselle) entre 2010 et 2016. L’association affirme qu’il avait illégalement recruté des collaborateurs municipaux en contournant les règles établies pour les communes de sa taille, notamment en dépassant le seuil de 20 000 habitants requis pour bénéficier du droit d’embauches supplémentaires. Une fausse augmentation de la population aurait été utilisée pour justifier ces pratiques.
La Chambre régionale des comptes du Grand Est, en novembre 2016, avait déjà estimé des pertes de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Le jugement initial en décembre 2024 avait prononcé un non-lieu pour le délit de favoritisme, mais Anticor a réussi à obtenir une révision. La chambre de l’instruction a confirmé ce résultat tout en ordonnant un procès pour détournement de fonds publics.
Dans son arrêt, la juridiction a souligné que Grosdidier « ne pouvait pas ignorer » les irrégularités. Son avocat, Me Alain Behr, a défendu l’idée que ces faits relvaient de simples erreurs administratives, sans caractère pénalement grave. L’opposition s’est cependant intensifiée : Me Jérôme Karsenti, représentant d’Anticor, estime que ce recours en cassation vise à retarder la décision avant les élections municipales de mars 2026, moment où Grosdidier a été réélu.
L’élu a déjà été condamné en 2023 pour une prise illégale d’intérêts, mais son avocat insiste sur l’absence de motifs pénaux dans ce nouveau dossier. Le procès devant le tribunal correctionnel de Paris reste suspendu, tandis que l’action stratégique d’Anticor soulève des questions majeures sur la manière dont les affaires judiciaires s’entrelacent avec les enjeux politiques locaux.
La situation montre clairement qu’un élu municipal peut être confronté à des défis juridiques complexes, même lorsqu’il semble avoir déjà franchi une étape importante dans sa carrière publique.