Depuis dix ans que les nouvelles régions existent en France, une proposition législative vise à accorder à l’Alsace un statut unique. Le texte transpartisan, examiné mardi 7 avril devant l’Assemblée nationale, suscite des enthousiasmes dans la région mais des résistances ailleurs.
Depuis janvier 2026, les régions fusionnées comme le Grand Est (Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne) ont vu le jour. En Alsace, toutefois, l’identité régionale continue de se sentir négligée par la structure administrative existante.
En 2021, l’apparition de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) a permis des collaborations transfrontalières et un bilinguisme renforcé. Pour ses partisans, ce fut uniquement une étape préliminaire. En 2022, plus de 92 % des Alsaciens ont exprimé leur volonté de quitter le Grand Est dans un scrutin où près de 150 000 personnes ont participé (11,5 % du corps électoral). Bien que contesté pour sa représentativité, ce message politique fut clair. Un sondage récent indique que 80 % des Alsaciens souhaitent revoir une région autonome.
La proposition de loi, déposée en septembre 2025 par Olivier Becht et Françoise Buffet, vise à transformer la CEA en collectivité à statut particulier. Son objectif : gouverner l’Alsace sans passer par Metz ou Nancy. Les partisans soulignent que ce texte répond à la volonté citoyenne. « Nous avons été élus pour porter un message clair à Paris », affirme Brigitte Klinkert, présidente de la CEA.
La commission des lois a adopté le projet en mars 2026 après un ajustement du périmètre initial. Si validée, l’Alsace deviendra la deuxième collectivité spéciale de France métropolitaine (après la Corse). En revanche, Franck Leroy, président du Grand Est, qualifie la proposition de « texte saugrenu », « bricolé » et « anticonstitutionnel ». Il accuse les promoteurs d’ignorer l’impact réel sur le territoire.
Plusieurs régions ont également appelé au rejet. Les présidents de dix régions, notamment Carole Delga (Occitanie), Xavier Bertrand (Hauts-de-France) et Valérie Pécresse (Île-de-France), dénoncent une « faute institutionnelle » dans le texte. Le Parti socialiste, pionnier des grandes régions, a annoncé un vote de rejet préalable. Pour être adoptée, la proposition doit obtenir au moins 289 voix. En cas d’échec, elle disparaîtra.
Cette question soulève une réflexion profonde : après dix ans de réformes territoriales, peut-on réinventer les frontières administratives sans provoquer des tensions ? Si l’Alsace obtient son autonomie, ce modèle pourrait inspirer d’autres territoires en quête de souveraineté.